Vêt Ethic,… dans cette boutique à la devanture rouge bordeaux se cache le temple du commerce textile équitable et écologique de Nancy. L’enseigne fondée par Pascal Didier il y a une dizaine d’années est en effet spécialisée dans les vêtements conçus avec le respect des travailleurs et de l’environnement. Dès la porte franchie, vous êtes accueillis par le parfum du tissu neuf et du cuir des chaussures. Tout comme chez Ollivander, le vendeur de baguettes d’Harry Potter, les étagères débordent généreusement de jeans, t-shirts, chemises, pulls et autres articles de modes. A l’euphorie ressentie devant ce dressing faussement désordonné s’ajoute l’envie de fouiller les piles à la recherche de la perle rare. Compter alors sur les conseils de Pascal et de Sara qui connaissent comme leur poche les différentes marques qu’ils proposent. Un voyage dans l’univers de l’éco-responsabilité où consommer rime avec respect et humanité. Pascal, avec sa fougue militantisme, a bien voulu répondre à nos questions.

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Pascal, pouvez-vous nous expliquer le concept de Vêt Ethic ?

L’idée c’est de diffuser des articles textiles issus du commerce équitable. On a choisi de travailler sur deux plans économiques. L’axe Nord-Sud et le Made In France.
Le premier consiste à faire travailler dans des conditions sociales décentes des salariés dans des pays en développement. Cette idée date des années 60 pour l’alimentation et a trouvé une déclinaison textile dans les années 90.
Concernant le commerce équitable France, on est plus sur la relocalisation d’activités textiles sur le territoire avec des jeunes entreprises qui proposent des produits fabriqués entièrement ou presque en France.
80% de nos ventes se réalisent dans notre magasin. 15 % dans les stands lors de manifestations bio et 5% lors de sollicitations d’établissements scolaires et d’associations pour des interventions sur le commerce équitable.

« L’objectif c’est de pérenniser Vêt Ethic »

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Pouvez-vous nous raconter l’histoire de Vêt Ethic et nous expliquer les raisons qui vous ont poussé à créer cette enseigne ?

Il y a 10 ans j’étais prof de sciences économiques. Mais après 31 ans de service je commençais à fatiguer. Je passais cinquante ans mais les élèves devant moi avaient toujours 15 ans. Je ne voulais surtout pas finir en vieux prof aigri et méchant.
J’avais déjà en tête cette idée dans le développement durable. J’étais basketteur et je trouvais incohérent que nos gamins jouent avec des ballons fabriqués à l’autre bout du monde par des enfants qui n’ont pas pu aller à l’école. Manifester dans la rue j’avais déjà fait, mais là je voulais agir concrètement. Alors avec des copains, on a créé l’association « Un autre sport » qui pendant deux ans, allait dans les clubs, les lycées et les collèges pour proposer des ballons de sport équitable.
On a transformé un petit garage en boutique que l’on ouvrait les soirs et le samedi. De fil en aiguille, on s’est intéressé aux vêtements éthiques et on a ouvert le magasin rue Saint Michel.
Quand j’ai démissionné de l’Education Nationale pour monter ce projet je savais que cela allait être dur. Mais si je suis à l’initiative du projet, c’est grâce au soutien de mes proches, amis et famille, qu’il a pu se réaliser et se perpétuer au cours des années. Nous étions une trentaine de bénévoles à l’époque et maintenant c’est soixante-quinze coopérateurs qui se partagent le capital social de Vêt Ethic.
Nous avons embauché récemment Sara. Elle est plus en phase avec le marketing que moi. Elle sera capable de donner une image plus moderne de Vêt Ethic quand je partirais en retraite. Et entre moi, un vieux marxiste et elle, plus branchée mode et réseaux sociaux on a trouvé une bonne combinaison. L’objectif c’est de faire durer la boutique pour proposer ce genre de produit et contribuer un petit peu à faire vivre mieux des gens quelques part, ici ou là-bas.

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A vos yeux comment a évolué le secteur de la mode éco-responsable ces dix dernières années ?

Déjà Il y a une prise de conscience des consommateurs qui s’est opérée de façon globale. Les gens en ont marre d’acheter telle ou telle marque parfois fort cher sachant que derrière des personnes vont être payé à coup de trique. Il y a de plus en plus de jeunes qui viennent avec la conviction qu’il n’est plus besoin d’avoir 10 ou 20 t-shirts dans leur armoire. Ils veulent acheter moins mais mieux.
En même temps il y a le développement du commerce équitable France. Par exemple, l’entreprise 1083 vient de racheter une filature dans les Vosges. Ca fait 25 emplois sauvegardés. Une partie de nos clients aiment cette idée que les vêtements qu’ils achètent soit fabriqués pas trop loin de chez eux.
Tous les mois j’ai des contacts avec de jeunes entrepreneurs français qui veulent travailler avec moi. Alors on se rencontre, on échange sur nos valeurs et on établit une confiance mutuelle.
Actuellement Vêt Ethic propose 25 marques et toutes les semaines j’ai des clients nouveaux. Si on veut aller plus loin il va falloir changer de local. Ce qu’il serait bien c’est qu’en Lorraine il y ait 5 ou 6 boutiques comme la nôtre.

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Et dans 10 ans ?

C’est sûr, je ne serais plus le gérant de Vêt Ethic. Mais je serais coopérateur et toujours militant du commerce équitable, peut-être avec une canne. J’espère que des jeunes reprendront la structure apporteront des idées nouvelles pour pérenniser la coopérative. J’essaie de former Sara dans ce sens. En restant dans la même logique avec ces mêmes produits et cette même qualité les gens vont adhérer. L’important sera de garder cet esprit militant qui nous caractérise et ne pas oublier que notre engagement est basé sur l’aspect social et solidaire de ce commerce.

Crédits photos : Beard and Socks

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