En quelques années, le Festival Sourd Métrage s’est imposé comme un événement à part entière du monde cinématographique. Sa particularité, mettre en avant des productions audiovisuelles en Langue des Signes réalisées par de jeunes sourds et entendants. L’édition 2017 qui se déroule à Nancy promet déjà d’être un bon cru. Nous avons rencontré Olivier Marchal, co-fondateur de ce festival.

Le geste pour apprendre

De parents sourds, Olivier, se définit lui-même d’origine sourde comme d’autres se revendiqueraient de souche bretonne ou italienne. Et même s’il est entendant, il assume fièrement son appartenance au monde des sourds qui possède son histoire, sa culture, ses codes et sa propre langue. Avec cette double « nationalité », sa carrière professionnelle ne pouvait se tracer que dans cet univers si particulier.

« J’en ai fait mon métier très vite. J’ai été gardien de nuit à l’institut des jeunes sourds, puis éducateur et professeur spécialisé pour enfants sourds avec toujours cette envie de transmettre cette langue »

C’est en 2010, et seulement en 2010 pourrait-on dire, que l’Education Nationale crée le CAPES de Langue des Signes. Olivier Marchal en est l’un des premiers et rares détenteurs. Avec une vingtaine de professeurs en Langue des Signes sur toute la France, il est pour l’instant le seul à exercer au niveau collège et lycée dans l’académie Nancy-Metz.

Olivier Marchal - Festival Sour Métrage

La vidéo et la Langue des Signes

En 6 ans le nombre d’élèves souhaitant maîtriser cette langue est passé de 8 à 200. Un engouement qui se justifie par des besoins réels de la part des jeunes étudiants mais qui, à notre avis, tient beaucoup à la personnalité de leur professeur. En impliquant les jeunes dans des projets valorisants, Olivier crée une dynamique collective qui favorise la réussite de chacun. L’élément clé de cette pratique est l’atelier audiovisuel.

En effet, dans le monde des sourds, la vidéo tient une place primordiale. C’est un peu l’équivalent de l’écrit et c’est le vecteur de communication principal. Olivier utilise donc ce média à des fins pédagogiques, pour évaluer ses élèves. Ils réalisent ensemble de petits courts-métrages avec scénarios et mise en scène. Une technique très efficace pour confirmer leur progression dans l’apprentissage de la Langue des Signes.

Olivier Marchal et le festival Sourd Métrage

C’est en partageant cette pratique avec d’autres collègues qu’il s’est rendu compte que beaucoup d’établissements s’étaient engagés dans la même voie. Germe alors l’idée de mutualiser ces productions.

« Julien Daubèze du CESDA de Montpellier (Centre Education Spécialisée pour Déficients Auditifs) est venu à Nancy pour faire un stage. On s’est lancé dans un concours de courts-métrages et on a fait une sorte de petit Cannes à l’institut des Jeunes Sourd de Jarville. Les élèves étaient là, c’était excellent. »

Le festival Sourd Métrage venait de naître, avec comme idée principale la valorisation du travail des élèves. Gilles Calvé rejoint alors l’équipe pour l’organisation de la première édition en 2009 à Montpellier. Le succès est immédiat avec une dizaine de films en compétition et des élèves venus de toute la France. L’événement gagne ensuite en maturité pour devenir un véritable moment d’échanges et de rencontres entre sourds et entendants. Des ateliers pédagogiques, des visites culturelles et des spectacles vivants étoffent les séances de projections et le festival a maintenant lieu sur 3 jours. Le jury, car il ne faut pas oublier pas la compétition, est composé de personnalités du spectacle et de l’éducation. Il visionne des productions toujours plus professionnelles et récompense de véritables petites œuvres cinématographiques.

Affiche Festival Sourd Métrage

L’édition 2017

Du 16 au 18 mai, Nancy va devenir la capitale du pays des sourds. Entre 300 et 400 élèves sont attendus de toute la France. L’Italie et le Gabon donneront une couleur internationale à l’événement. Alors pour occuper tout ce petit monde pendant trois jours, des spectacles, des ateliers et des visites culturelles en Langue de Signes sont prévus.
Coté court-métrage, une trentaine de films sont projetés. Le thème de cette année est « Sourds Rires ». Un geste universel reconnu par tous et qui permet toutes les ouvertures. De l’humour, de la comédie, des situations burlesques sont donc au menu des projections. Les séances sont publiques et gratuites. C’est donc l’occasion de venir découvrir une façon de filmer vraiment différente avec un langage cinématographique propre à l’identité sourde.

« Le cadrage est différent. Il faut combler l’absence de son par des détails visuels. Quelques fois la caméra bouge beaucoup pour chercher l’information au plus près, parce que l’on ne l’entend pas. »

A noter aussi que cette année, le jury est présidé par Alfredo Corrado, un artiste sourd américain qui a redonné ses lettres de noblesse à la Langue des Signes Française dans les années 70.

En presque 10 ans, le festival Sourd-Métrage a trouvé sa vitesse de croisière. Sa renommée qui s’est construite par le bouche à oreille ou plutôt par l’œil à la main, n’a fait que croître d’années en années. Certaines de ses productions ont même été présentées au Festival Entr’2 marches à Cannes, centré sur les films qui abordent les handicaps. Montée des marches et tapis rouge, excusez du peu ! Mais Olivier Marchal tient à garder une envergure humaniste à l’événement afin de pérenniser l’esprit de ses débuts, celui de permettre aux enfants et adolescents de s’exprimer sur la surdité et la Langue des Signes.

Rendez-vous du 16 au 18 mai à Nancy pour des découvertes et des rencontres certainement très intéressantes.

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