Punk élégant ou dandy déjanté, M’Sieur 13 évolue dans un monde bien à lui où le temps hésite entre hier, aujourd’hui et demain. Il discute volontiers littérature et poésie avec Dickens ou Queneau mais se sent aussi bien à l’aise sur les pavés parisiens au côté de Gavroche pour crier son insurrection. Quand Moustaki nous avait ému avec sa gueule de métèque, lui nous séduit avec sa tête de voyou et sa gouaille aux accents de rage et d’amour. Muni de sa sensibilité et de sa plume, il peint, il revendique, il dénonce et s’amuse d’un monde où tout l’énerve et tout lui plait. Accompagné de sa Voyoucratie, il part à la rencontre de son public, pour, comme il le dit lui-même, « niquer fleurette ».

M’Sieur 13, tel un François-René De ChateauBrigand, a répondu à notre interview avec sa prose de parigot liégeois qui n’appartient qu’à lui. Nous lui avons posé des questions en 13 pieds, pour rester dans le thème de ce personnage « 13 » attachant.

Qui sont Yves Verbeelen, Vaurien Bastard, et M’Sieur 13 ?

Une seule et même personne, même si cela peut paraître quelque peu schizophrénique… Yves Verbeelen, c’est comme un code-barre pour naviguer en société. Vaurien Bastard, c’est mon choix perso. M’Sieur 13, mais avec la casquette, ma vraie identité, tant par la signification de ces deux mots que par leurs sonorités. Le chapeau, c’est pour la scène… C’est mon côté super-héros !

M'Sieur 13 - Vaurien Bastard

Du gamin de bistrot à l’Artisan-Chansonnier

J’ai toujours fréquenté les troquets, depuis tout petit : j’aime les bruits, les odeurs et les gueules qui vont avec… J’ai écrit pas mal de chansons sur le zinc de comptoirs, fait le tour des caf’conc’… Mes premiers « pestacles », mon école de la vie, la vraie, c’était ça ! Aujourd’hui c’est plutôt un genre de bureau, pour rencontrer des gens et tester de nouveaux morceaux. C’est là qu’est né mon côté chansonnier, et j’ai toujours donné dans l’artisanat. Et, quitte à être « catalogué », je préfère choisir moi-même une étiquette qui me colle à la peau. Après, on peut développer ou le dire autrement : « militant culturel et artiste citoyen », c’est plus précis, mais beaucoup moins chantant. En fait, je crois que le gamin de bistrot n’a jamais vraiment grandit… « Grandir », c’est une arnaque !

De Belgique, de France, d’Angleterre ou alors d’ailleurs ?

Je me vois comme un être, humain, libertaire, un citoyen d’un monde sans frontières, même s’il est vrai on est tous né quelque part… On m’a raconté que, pour moi, c’était en République d’Outremeuse, à Liège, dans la commune Libre de Saint-Pholien-des-Prés. Ceci expliquant peut-être plus ou moins cela !

Les rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel

Aux Rencontres, on mange, on dort et on boit chansons. Un jour, un ami violoniste m’a dit que c’était là que se retrouvaient les vrais artistes, loin de la pseudo-réalité des plateaux télé, alors j’ai postulé. La première fois que j’ai posé mon guitalélé à Astaffort, c’était dans le cadre de la création d’un spectacle pour la ville de Clichy-sous-Bois, près de Paris, avec le slameur Narcisse comme intervenant. J’y suis retourné, dans le cadre des Rencontres proprement dites, pour les 35èmes avec Jeanne Cherhal comme marraine, puis pour les 41èmes, avec Oldelaf. On dit qu’il faut le vivre pour pouvoir en parler et que, quand on l’a fait, on ne sait pas trop quoi en dire… C’est un bon résumé !

Ce que je sais, c’est qu’on tisse de vrais liens entre « Astagiaires » ; d’ailleurs, je suis toujours en contact avec la plupart, qu’ils soient Belges, Français, Suisses ou Québecquois, et il nous arrive encore de collaborer pour poser des mots sur une mélodie ou de nous retrouver à l’occasion pour boire un pot entre « Astamis ».

Qui est donc M’sieur Jean-Loup cet incroyable guitariste ?

Le « grand MéJean-Loup », c’est un frangin, artisan-gratteux, qui fait partie de ma « p’tite VoyoucrAtie » avec « Little Big Ben » ; l’un donne le rythme et le tempo tandis que l’autre pince la dé-cadence, dans ma formule trio.

M'Sieur 13 - Vaurien Bastard

La grande classe en tartan, chapeau claque et rouflaquettes

La « 13 » grande classe, tu veux dire ? C’est pas faux, oui… Mercoup beaussi !
En fait, pour mon projet perso, j’ai ressorti la panoplie complète de ce que je portais quand j’ai commencé, non pas seulement à écrire, mais à sortir aussi : en gros le tartan et les Doc Martens ne m’ont jamais quittés, j’ai fait un effort pour le haut avec du sobre et du chic, pour le côté cabaret et par respect pour mon public, et puis la crête est descendue sur les joues, alors je l’ai remplacée par quelque chose d’aussi haut mais plus cossu !

Punk, blues, musette, java ou rock, on te classe dans quoi ?

Si tu me classes, je me casse ! Non, plus sérieusement, c’est pas à moi qu’il faut poser cette question : je sais d’où je viens, pas forcément où je vais ; seul compte le chemin… Après, comme je dis toujours, tout dépend de ce que tu as écouté, ressenti, avalé, digéré, vomi, recraché, bref, vécu, car nous ne sommes que la somme de nos émotions… Pour faire court, je dirais que je fais de la chanson.

M'Sieur 13 - Vaurien Bastard

Où est-ce que tu trouves l’inspiration de tes chansons ?

Dans la chanson française justement, celle qui vient des années folles, et puis du music-hall aussi, d’un genre d’opéra opéré, d’opérette « punkisée »… Si tu veux on peut causer du courant de ma petite pensée, entre le sur et le néo-réalisme, de l’expressionisme, de l’existentialisme ; faudra juste élargir le prisme à la culture « bars-bars », populaire…
Car je suis un artiste de bars, un conteur de comptoirs… Mais si tu veux vraiment savoir ce qui m’inspire dans la vie et pour mes chansons, je dirais que je trébuche dans des regards, collectionne les cicatrices et poursuis des émotions.

Si tu n’étais pas chanteur tu voudrais faire quoi d’autre ?

Faire ? Rien. Je reste convaincu de l’inutilité de « faire »… D’ailleurs, ma plus grande ambition dans la vie reste de ne rien faire… Mais, pour ce faire, il faudrait commencer par défaire pas mal de choses ! Et puis, de toutes manières, je ne suis même pas « chanteur » ; un barde, oui, un porte-voix tout au plus, qui utilise des mots mis à sa disposition ou qui en crée parfois, agrémentés de quelques notes de sous le chapeau… Et basta !

Où pourra-t-on voir la Voyoucratie de M’Sieur 13 ?

A la scène, évidemment ! Mais si tu préfères rester sagement dans ton canapé à te double-cliquer la souris, il y a une page Facebook avec toutes les infos et l’actualité, une chaîne YouTube pour des capsules et des vidéos, sans oublier un profil BandCamp pour écouter mes deux premiers EP. Pour le reste, faudra lever ton cul et venir le bouger avec ma p’tite Voyoucratie, dans mes rues !

M'Sieur 13 - Vaurien Bastard