Pas besoin d’être un astronome pour assister à la naissance d’une étoile. Bastien BAZ, dans sa jeunesse bien trempée, a choisi de s’engager sur le chemin (caillouteux) de la production musicale. Les premières pages de sa carrière sont déjà bien remplies par son besoin d’explorer des univers différents et par sa soif de comprendre et maîtriser son environnement. Si ses actions sont souvent impulsées par un instinct artistique à fleur de peau, elles correspondent néanmoins à une démarche bien réfléchie entièrement dédiée à la créativité. Alors lorsqu’il fait se rejoindre la très lissée musique classique et le politiquement incorrect punk dans une reprise symphonique de ‘The Decline’ de NOFX, il a forcément une idée derrière la tête.

Difficile de dresser la liste de tous ses projets, mais son hyperactivité l’amène à voyager entre San Francisco, rendue célèbre par la maison bleue de Maxime, et Lamarche, petite ville des Vosges mondialement connue pour … euh on ne sait pas trop encore. C’est pourtant là que Bastien Baz a installé, dans une ancienne ferme, son association ‘BAZ En/grange des Artistes’. Un projet ambitieux qui propose aux créateurs de tous poils de vivre et travailler dans un environnement sain, professionnel et autogéré. Cela valait bien quelques questions.

Bastien Baz

Bastien Baz, il s’est passé énormément de choses dans ta vie de musicien depuis ta participation au Festival des Musiques Lycéennes en 2012 au sein du groupe President in a Box.

Pour faire court, en 2015, j’ai orchestré ‘The Decline’, le morceau emblématique du groupe punk NOFX. C’était un moment fort, puisque c’était la première fois que je travaillais avec un orchestre symphonique et ce n’a pas été simple du tout. A la même période il y a eu la création du groupe DAZED. On a produit un album et on continue de tourner.  Il y a eu aussi ma rencontre avec le producteur Fat Mike avec lequel je travaille actuellement en Amérique. Et puis j’ai créé une maison des artistes dans un petit village des Vosges à Lamarche.
Oui c’est vrai, ça bouge pas mal et c’est tant mieux. Cela est sans doute dû à une hyperactivité ambiante. Mais avec le temps j’ai appris à ne plus courir deux lièvres en même temps. Je me concentre sur une seule chose à la fois. Le rythme est dense mais pas plus qu’un plombier ou un menuisier qui va travailler 50 heures par semaine.

Bastien Baz

DAZED

Tu l’as dit, la reprise symphonique de ‘The Decline’ de NOFX est un moment important de ta carrière. Comment as-tu réussi à monter ce projet ?

A la base j’avais fait des reprises vocales de NOFX. Cela avait bien marché et on avait eu un écho positif avec les fans du groupe de l’autre côté de l’atlantique. C’est eux qui m’ont demandé de reprendre ‘The Decline’. Mais je trouvais ça impensable de poser un morceau de 18 minutes uniquement en voix. N’importe qui aurait saturé au bout de 2 minutes. Moi en premier ! Alors j’ai pensé à une orchestration classique. Ensuite tout s’est fait rapidement. J’ai écrit l’arrangement en une semaine. J’ai passé des dizaines de coups de téléphone et réussi à convaincre une cinquantaine de musiciens. On a très peu répété. On s’est tous retrouvé au Conservatoire de Nancy et un copain est venu tourner le clip, qui est maintenant diffusé. Honnêtement je ne suis pas sûr que tout le monde ai compris ce que je faisais. L’important pour moi était de jouer sur les paradoxes et les contrastes. Au final, le truc fonctionne. Les gens me disent toujours ‘C’est incroyable mais ça marche’. Les deux camps y ont pris plaisir et pour moi c’est ce qui comptait le plus.

Cet évènement t’a amené à travailler avec Fat Mike le leader du groupe. Comment s’est passée cette rencontre ?

Je l’avais rencontré une première fois au Luxembourg, un peu après le tournage du clip, mais à l’époque j’avais déjà d’autres choses en tête. Et puis deux ans se sont passés avant que je lui demande son avis sur une nouvelle pièce symphonique que j’avais écrite. Je ne savais même pas s’il se souvenait encore de moi ! Il m’a juste répondu qu’il réfléchissait à un nouveau projet et qu’il voulait me rencontrer pour en discuter. On s’est revu à Madrid et depuis le mois d’août on travaille en Californie sur une comédie musicale qui devrait être à l’affiche en 2019.
Je découvre un rythme et une façon de travailler différents. Fat Mike a des moyens énormes. Il possède son propre studio d’enregistrement. Quand moi je dois passer 8000 coups de téléphone pour avoir un violoniste, lui dispose d’un orchestre complet en deux appels. Avec ce genre de gars, il n’y a plus de limite à la création. Ce n’est pas l’aspect strass et paillette qui m’attire dans cette aventure, mais plutôt l’expérience musicale à en tirer. Je suis un musicien qui bosse sur un projet de la même façon que je le ferais avec mes copains. Je sais que l’aventure aura une fin, c’est peut-être pour cela que je l’apprécie autant.

Entre ton association ‘Baz En/Grange des Artistes’ de Lamarche dans les Vosges et San Francisco, il y a … un océan. C’est aussi un grand écart culturel non ?

J’ai créé l’association il y a un an et demi. On a déjà produit des albums pour des artistes régionaux. Le concept fonctionne bien  mais je l’ai mis en standby le temps de mon aventure américaine. En fait ce qu’il me manque pour que l’association démarre vraiment c’est un coup de pouce financier. Mais en France pour trouver de l’argent c’est l’enfer. Aux Etats Unis,  tu as un projet, tu dis combien tu veux et on te le donne. Il y a une culture du ‘plantage’. Ici, tout le monde va te dire que la maison d’artistes c’est super et innovant, mais quand il faut aider concrètement il n’y a plus personne. Avoir à courber l’échine pour justifier de son existence et de la viabilité d’un projet qui fonctionne, ça me déprime. Si les élus et les financeurs ratent l’opportunité c’est leur problème. Ca c’est mon côté anarcho-révolutionnaire. Mais je sais garder les pieds sur terre. Baz En/Grange des Artistes va marcher c’est évident pour moi. Je vais en trouver les moyens. Mon travail aux States en est un.
Un jour, un bon copain à moi m’a demandé si se poser à Lamarche c’était une bonne idée, si ce ne serait pas mieux au soleil pour attirer les gens. Moi je sais que c’est là qu’il faut le faire. Il y a là-bas une magie que les artistes et moi on ressent. Il y a un truc qui se passe dans cette maison. C’est là que j’ai envie de grandir et envie de vieillir. A partir de là je trace ma route.

 

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crédits photos : http://fotovision.fr/ | Benjamin Sutter / Bastien BAZ